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Le pitch : raconter ton film avant que ton café refroidisse

Tu rencontres un.e producteur.rice, un.e comédien.ne ou une personne susceptible de rejoindre ton court-métrage. Iel te demande : « Ça raconte quoi, ton film ? »

Tu prends une grande inspiration et tu commences par expliquer l’enfance du personnage secondaire, la symbolique des fenêtres et les trois fins que tu hésites encore à écrire.

Dix minutes plus tard, ton interlocuteur.rice cherche discrètement une sortie.

Bienvenue dans l’art du pitch : donner envie de découvrir ton film sans raconter tout ton film.

1. Le pitch, c’est quoi ?

Un pitch est une présentation courte et accrocheuse d’un projet. Il permet de faire comprendre rapidement ce que raconte ton film, ce qui le rend singulier et pourquoi on aurait envie de le voir.

Il peut être oral, lorsque tu présentes ton projet lors d’une rencontre, ou écrit, dans un dossier de production par exemple.

Sa longueur dépend du contexte : quelques phrases pour une présentation très rapide, ou plusieurs minutes lors d’un rendez-vous dédié au projet.

Le pitch n’est pas un résumé exhaustif du scénario : c’est une porte d’entrée dans ton histoire.

Tu n’as pas besoin de décrire chaque scène. Tu dois donner envie qu’on te demande : « Et ensuite ? »

2. Les ingrédients d’un pitch efficace

Un pitch de fiction permet généralement de saisir quatre éléments : qui est le personnage principal, que veut-il.elle, qu’est-ce qui l’en empêche et qu’est-ce qui est en jeu ?

Imagine un court-métrage sur une adolescente qui doit interpréter un discours lors d’une cérémonie, alors qu’elle vient de découvrir un secret familial.

Tu pourrais le présenter ainsi :

À quelques heures du mariage de sa mère, une adolescente découvre que le discours qu’on lui a demandé de prononcer repose sur un mensonge. Elle doit choisir entre préserver la fête ou révéler ce qu’elle sait devant toute la famille.

On comprend le personnage, la situation, le conflit et le choix difficile. Pas besoin d’expliquer tout de suite qui a menti, pourquoi, et ce que pense le traiteur.

Un bon pitch fait apparaître le moteur dramatique du film.

3. Le pitch doit aussi donner une idée du ton

Deux films peuvent partir de la même situation et produire des expériences très différentes.

Un personnage coincé dans un ascenseur avec son ex peut être le point de départ d’une comédie romantique, d’un drame intime ou d’un thriller.

Ton pitch doit donc laisser percevoir le genre, le ton ou l’approche du projet. Tu peux le faire par le choix des mots, la situation mise en avant ou une précision sur la forme.

Par exemple :

Dans cette comédie grinçante, deux ex se retrouvent coincé.es dans un ascenseur le jour où l’un.e d’eux.elles doit se marier.

La situation est la même, mais l’expression « comédie grinçante » oriente immédiatement notre attente.

Le pitch doit donner une idée du film que tu veux faire, pas seulement des événements qui s’y déroulent.

Sinon, ton thriller psychologique risque de passer pour une anecdote de panne d’ascenseur.

4. Pitch, synopsis et scénario : quelle différence ?

Ces trois documents racontent le même projet, mais pas avec le même niveau de détail.

Le pitch présente rapidement le concept, le conflit et l’intérêt du film. Il cherche à éveiller la curiosité.

Le synopsis raconte l’histoire de manière plus développée, généralement jusqu’à sa fin, pour permettre de comprendre son déroulement.

Le scénario décrit les scènes, les actions et les dialogues qui serviront de base à la fabrication du film.

Le pitch donne envie d’entrer dans l’histoire ; le synopsis permet d’en comprendre le parcours ; le scénario montre comment elle se déploie scène après scène.

Et non, réduire la taille de police de ton synopsis pour le faire tenir sur une page ne le transforme pas en pitch.

5. À l’oral : raconte, ne récite pas

Lorsque tu pitches ton film devant quelqu’un.e, ton objectif n’est pas de réciter un texte à toute vitesse avant qu’on t’interrompe.

Entraîne-toi à présenter ton projet avec des mots simples, dans un ordre clair. Commence par la situation qui accroche, puis fais apparaître le conflit et ce qui rend ton film particulier.

Tu peux préparer plusieurs versions : une très courte pour une rencontre informelle et une plus développée pour un rendez-vous de production.

Laisse aussi de la place aux questions. Si ton interlocuteur.rice veut en savoir plus sur le personnage, la fin ou tes intentions de réalisation, tu pourras approfondir à ce moment-là.

Un pitch réussi ouvre une conversation : il n’a pas besoin de contenir toutes les réponses.

Si tu termines essoufflé.e en disant « Voilà, désolé.e, j’ai sauté le troisième acte », c’est peut-être qu’il faut raccourcir un peu.

6. Comment tester ton pitch de court-métrage ?

Essaie de présenter ton film à une personne qui ne connaît pas ton scénario.

Puis demande-lui ce qu’elle a compris : qui est le personnage principal ? Quel problème rencontre-t-il.elle ? Qu’est-ce qui lui donne envie de voir la suite ?

Si la personne retient surtout que « ça se passe dans une maison » alors que ton film raconte une rupture familiale, tu sais ce qu’il faut retravailler.

Tu peux également supprimer les noms propres qui ne sont pas indispensables. Dans un pitch court, « une jeune cheffe cuisinière » est parfois plus facile à suivre que « Camille, la fille de Bernard, qui travaille avec Sofia ».

Le meilleur test d’un pitch, ce n’est pas qu’il raconte tout : c’est qu’une autre personne puisse expliquer clairement de quoi parle ton film.

Sans devoir te rappeler pour demander lequel des trois personnages s’appelle Thomas.

Pour aller plus loin

Tu peux consulter les ressources du CNC pour découvrir des projets cinématographiques. Pour t’exercer, compare aussi les présentations courtes de films dans les programmes de festivals : observe comment elles posent une situation et un conflit sans détailler chaque rebondissement.