Comment refuser une collaboration ? Apprendre à dire « non » sans ruminer encore 15 jours après
Dans le cinéma, tu vas forcément devoir refuser des collaborations.
Une société de production veut accompagner ton scénario, mais tu ne te reconnais pas dans sa vision.
Un.e chef.fe opérateur.rice te contacte pour participer à ton prochain court, mais ton équipe est déjà constituée.
Un.e réalisateur.rice te propose trois semaines de tournage alors que tu n’es pas disponible.
Et immédiatement apparaît cette pensée :
« Comment je refuse sans vexer la personne et sans me griller pour les trente prochaines années ? »
Bonne nouvelle : refuser une collaboration fait partie de la vie professionnelle. L’objectif n’est pas d’inventer une excuse parfaite, mais d’être clair.e, respectueux.se et suffisamment rapide pour permettre à l’autre personne de continuer ses recherches.
1. Tu as le droit de choisir avec qui tu travailles
Une proposition n’est pas une obligation.
Si un.e technicien.ne souhaite rejoindre ton film, tu n’es pas obligé.e de lui confier un poste simplement parce que cette personne est sympathique ou motivée.
Si une société souhaite produire ton scénario, tu n’es pas obligé.e de poursuivre la collaboration si sa vision du projet ne te convient pas.
Et si on te propose de travailler sur un film, tu peux refuser parce que tu n’es pas disponible, parce que les conditions proposées ne te conviennent pas ou simplement parce que le projet ne correspond pas à ce que tu souhaites faire à ce moment-là.
Dans une production, constituer l’équipe fait réellement partie du travail de production : les fonctions de production comprennent notamment l’engagement des moyens humains et l’établissement des contrats nécessaires. CPNEF de l'audiovisuel
Choisir une équipe, c’est aussi accepter de ne pas travailler avec certaines personnes.
Ce n’est pas nécessairement un jugement sur leur talent.
Tu peux trouver quelqu’un d’excellent et préférer une autre personne pour ce film précis.
2. Pour refuser un.e technicien.ne : sois simple et reconnaissant.e
Imaginons que tu prépares ton court-métrage.
Un.e monteur.se t’écrit :
« J’ai lu ton projet et j’adorerais faire le montage. »
Mais tu travailles déjà avec quelqu’un.
Tu n’as pas besoin de produire une dissertation de quatre pages expliquant l’histoire de ta relation avec ton monteur depuis 2019.
Tu peux répondre :
« Merci beaucoup pour ton message et ton intérêt pour le projet. L’équipe est déjà constituée sur le montage, donc je ne vais malheureusement pas pouvoir te proposer cette collaboration sur ce film. Mais merci d’avoir pensé au projet, et j’espère qu’on aura l’occasion de travailler ensemble sur un autre projet »
Court, clair, cordial.
Si tu souhaites réellement conserver le contact, dis-le.
Mais évite :
« Je te recontacte absolument sur le prochain ! »
si tu sais pertinemment que tu ne le feras jamais.
Dans un secteur où les métiers reposent beaucoup sur la collaboration et le réseau professionnel, mieux vaut une réponse simple qu’une promesse artificielle. La CPNEF décrit d’ailleurs explicitement la collaboration entre professionnel.les et l’entretien d’un réseau parmi les compétences transversales de plusieurs métiers audiovisuels. CPNEF de l'audiovisuel
Ne promets une future collaboration que si tu l’envisages réellement.
3. Pour refuser une production : sois particulièrement clair.e
La situation devient plus délicate lorsqu’une société de production s’intéresse à ton scénario.
Peut-être as-tu eu plusieurs rendez-vous.
Le producteur.rice aime le projet.
Mais progressivement, tu comprends que vous n’imaginez absolument pas le même projet.
Tu veux un drame intimiste.
La production imagine une comédie.
Tu veux tourner avec deux personnages dans un appartement.
À la troisième réunion, quelqu’un propose un hélicoptère.
Mieux vaut constater une incompatibilité avant de s’engager que pendant la fabrication du film.
Tu peux écrire quelque chose comme :
« Merci encore pour nos échanges et pour l’intérêt que vous avez porté au projet. Après réflexion, je préfère ne pas poursuivre le développement ensemble, car je pense que nos visions du film sont trop différentes. Je vous remercie sincèrement pour le temps consacré au scénario et vous souhaite une très bonne continuation. »
Pas besoin d’attaquer la société.
Pas besoin non plus d’écrire :
« J’ai décidé d’explorer d’autres opportunités stratégiques plus alignées avec mon univers créatif. »
Tu refuses un film.
Tu ne quittes pas le conseil d’administration d’une multinationale.
Attention cependant : si un contrat, une option, une cession de droits ou un autre engagement a déjà été signé, ne considère pas qu’un simple e-mail suffit nécessairement à y mettre fin. Vérifie précisément les engagements contractuels concernés et, si nécessaire, fais-toi conseiller avant d’agir.
4. Pour refuser un film qu’on te propose : réponds assez vite
Un.e producteur.rice t’appelle :
« Tu serais disponible comme scripte du 12 au 28 novembre ? »
Tu sais immédiatement que non.
Réponds.
Ne laisse pas le message dormir dix jours parce que tu redoutes d’écrire deux phrases.
La production doit constituer une équipe et organiser son planning ; les fonctions de production comprennent précisément le recrutement des moyens humains, les contrats et la planification. CPNEF de l'audiovisuel
Tu peux simplement répondre :
« Merci beaucoup d’avoir pensé à moi. Je ne serai malheureusement pas disponible sur ces dates. J’espère qu’on aura l’occasion de travailler ensemble sur un prochain projet. Dis moi si tu veux que je te conseil quelqu'un. »
Un non poli suffit.
Tu n’as pas besoin de fournir un dossier justificatif avec pièces annexes.
5. Tu peux expliquer ton refus… mais tu n’es pas obligé.e de tout expliquer
Parfois, donner la raison aide.
« Je suis déjà engagé.e sur un autre tournage. »
« Le poste est déjà pourvu. »
« Les dates ne fonctionnent pas. »
« Les conditions de rémunération ne me permettent pas d’accepter. »
« Après nos échanges, je pense que nous avons des visions trop différentes du projet. »
Tout cela est parfaitement compréhensible.
Mais évite généralement de transformer ton refus en critique complète de la personne :
« Je ne te prends pas parce que j’ai regardé ton dernier film et franchement la lumière… »
Non.
Tu peux simplement choisir quelqu’un d’autre.
Un refus professionnel n’a pas besoin d’être une évaluation professionnelle.
Même chose si tu refuses un tournage à cause de ses conditions. Tu peux signaler précisément ce qui bloque si tu souhaites laisser une possibilité de négociation :
« Merci pour la proposition. Au tarif proposé, je ne peux malheureusement pas accepter le tournage. Si le budget du poste évolue, n’hésite pas à revenir vers moi. »
Là, ton message signifie quelque chose de très différent de :
« Non merci. »
Tu ne refuses pas nécessairement le film.
Tu refuses les conditions actuelles.
Et cette distinction peut permettre une négociation.
6. Laisse une porte ouverte… seulement si tu veux vraiment la laisser ouverte
Toutes les collaborations refusées ne doivent pas devenir des relations coupées.
Tu peux refuser ce film et travailler avec la personne trois ans plus tard.
Un.e technicien.ne peut ne pas correspondre à ton court actuel mais être parfait.e pour le suivant.
Une production peut ne pas convenir à ce scénario mais beaucoup mieux fonctionner avec un autre.
Sépare donc autant que possible la personne de la proposition.
« Je ne peux pas accepter cette collaboration » n’est pas nécessairement « je ne veux jamais travailler avec toi ».
Mais l’inverse est également vrai.
Si tu ne souhaites réellement pas retravailler avec quelqu’un, évite de multiplier les fausses promesses.
Tu n’as pas besoin d’être brutal.e.
Tu peux simplement conclure :
« Merci pour ta proposition et bonne continuation pour le projet. »
Point.
Une réponse claire vaut souvent mieux qu’un :
« Oui oui, carrément, on se tient au courant !!! »
suivi d’une disparition de quatre ans.
Dans le cinéma, le monde professionnel est suffisamment petit pour que tu recroises probablement cette personne.
Pour aller plus loin
La CPNEF de l’audiovisuel propose un panorama des métiers qui permet notamment de comprendre comment les différents postes collaborent au cours de la fabrication d’une œuvre. Ses fiches rappellent que le travail audiovisuel implique autant des compétences techniques que des capacités de collaboration, de coordination et de relation professionnelle. CPNEF de l'audiovisuel
Le CNC constitue également une ressource utile pour comprendre la production et le développement des projets cinématographiques.
Retient surtout une formule très simple : remercier + annoncer clairement ta décision + donner une raison courte si elle est utile + laisser une porte ouverte uniquement si tu le souhaites réellement.